15/11/2004

Pourquoi l’Europe a-t-elle accédée si tardivement à la civilisation ?

COMMENT EXPLIQUER L’ÉCLOSION TARDIVE DE LA CIVILISATION EN EUROPE ?

L’archéologie et la documentation historique révèle que le continent européen fut le dernier à accéder à la civilisation, bien après l’Inde, l’Asie, l’Arabie et l’Afrique. Quelle en est la cause principale ?

En fait, la raison principale de ce retard est le climat. En raison de la longue période de glaciation, les hommes du nord, n’ont pu comme ils l’auraient souhaité, percer les mystères de la nature. Il leur fallait surtout se réchauffer pour rester en vie et observer la nature froide à l’extérieure des grottes, était un luxe dangereux.

Cette période dite de glaciation Würmienne, a donc retardé par la même occasion, les progrès techniques des hommes vivant sur place.

Le professeur Jean Pierre Vernant est d’ailleurs sur ce point assez explicite (Cf. Jean Pierre Vernant, Mythe et pensée chez les Grecs, éd. La découverte, Paris, 1985) :

"Au début du VIème siècle avant J. C., la pensée astronomique en Grèce ne repose pas encore sur une longue suite d’observations et d’expériences (...) Elle ne s’appuie pas sur une tradition scientifique établie (...) Dans la Grèce archaïque, il n’y a pas encore de sciences constituées".

Il leur a donc fallu aller puiser en Afrique et en Orient, les connaissances scientifiques qui leur faisaient défaut pour accéder à la civilisation :

"Les Grecs ont donc utilisé des observations, des techniques, des instruments que d’autres avaient mis au point".

Confirme encore Jean Pierre Vernant. Il est encore facile de constater que dans les steppes eurasiatiques, berceau originel de Européens, on ne trouve aucune trace de civilisation ancienne.

Mais pour confirmer le retard pris par l’Europe dans l’accession à la civilisation, nous pouvons encore nous appuyer sur les dates de création des premières bibliothèques.

En effet, si l’on considère que "l’Histoire" commence avec l’apparition de l’écriture, que dire alors de l’apparition des bibliothèques.

Leur simple présence témoigne clairement du degrés d’avancement d’un peuple, d’une civilisation. La première bibliothèque publique fondée à Athènes, est l’œuvre de Pisistrate au VIème siècle avant J. C.

La bibliothèque de l’Académie de Platon et celle du Lycée d’Aristote remontent à peine au IVème siècle avant J. C. Ce furent les premières bibliothèques d’études en Europe. La Rome antique, fut moins pressée d’en créer. Les premières bibliothèques familiales privées, initiées par la famille romaine Scipions au IIème siècle avant J. C., furent suivies seulement au Ier siècle avant J. C., sous l’impulsion de Jules César et d’Auguste, par la création de bibliothèques publiques.

Qui plus est, l’écriture grecque n’est pas une invention européenne puisque cette technicité leur a été livrée clée en main par un noir nommé Cadmos, le fils de l’Africain Agenor, le frère d’Europe, noire elle aussi.

Par contre pour l’Afrique, l’historien grec Hécatée d’Abdère rapporte par exemple que du temps de Ramsès II, les bibliothèques avaient comme appellation "Pour la guérison de l’âme".

Les bibliothèques sacrées sont apparues très tôt en Afrique pharaonique, vers 2 200 avant J. C. L’archéologue Flinders Petrie a d’ailleurs mis à jour sur le site de la bibliothèque sacrée du temple de Ramsès II, des papyrus datant de la XIIème dynastie, dont certains étaient des textes dramatiques.

En Syrie, des fouilles archéologiques réalisées sur le site d’Ebla, ont révélé l’existence de bibliothèques vers 1800 avant J. C. Et cela sans citer les bibliothèques créées en Inde ou encore en Chine bien avant leurs homologues européennes.

Il faut savoir que les Grecs n’ont jamais cherché à nier ou à cacher leur retard. Ils en étaient totalement conscients. D’ailleurs le géographe grec Strabon nous le dit clairement dans Géographie, livre XVII :

"Et si le monde leur doit de savoir aujourd’hui (les Egyptiens) combien de fractions de jours il faut ajouter aux 365 jours pleins pour avoir une année complète, les Grecs ont ignoré la durée vraie de l’année et bien d’autres faits de même nature, jusqu’à ce que des traductions en langue grecque des mémoires des prêtres égyptiens aient répandu ces notions parmi les astronomes modernes, qui ont continué jusqu’à présent à puiser largement dans cette même source comme dans les écrits et observations des Chaldéens".

Ainsi, n’en déplaise à Hegel, qui accusait le climat chaud du sud d’être inapte à l’épanouissement intellectuel des hommes, c’est en fait le climat froid du nord a pendant longtemps, retardé les progrès des Européens, qui ont du, de l’aveux de leurs propres ancêtres, puiser à l’extérieur de leurs frontières, les éléments de la civilisation. Ceci prouve au combien, les hommes sont interdépendants depuis l’antiquité.



19:54 Écrit par Max Lefou | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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