18/09/2004

Echanges commerciaux de l'Afrique precoloniale

Il tient du fantasme colonial que l’Afrique pré-coloniale ne connaissait que le troc. Les documents et récits historiques des explorateurs étrangers, témoignent de l’existence de nombreux marchés locaux, d’utilisation de pièces de monnaie, de rapports de parité or/monnaie (comme au far west) pour faciliter les transactions et même du commerce international (avec l’Egypte, la Chine, l’Europe, etc...).

« Pour peser l’or ils font des poids de cuivre (...) Ils ont de petites balances de cuivre (...) c’est à nous difficile de peser avec (...) mais entre eux savent si justement peser avec elles qu’il ne s’en faut de rien leurs poids vont de l’once au quart de peso, chaque peso valant ½ once, il faut 2 pesos pour 1 once  ».

Ce témoignage Hollandais à propos des balances, nous dévoile l’existence d’un rapport or/monnaie au royaume de Guinée (Cf. Description et récit historical du riche royaume d’or de Guinée (vers 1600), cité par C. Coquery-Vidrovitch).

A propos de l’existence de monnaies africaines, O. Dapper nous dévoile qu’en Côte d’or, dans la province d’Aboréa on frappait même des pièces de monnaie :

« Les Cacraves sont de petites pièces de monnaie de la grosseur d’une tête d’épingle, carrées et aplanies au marteau (...) Ils y mêlent du cuivre (...) L’or est l’unique monnaie du pays. On le donne et on le prend au poids quand le paiement est considérable ; mais quand la somme est fort petite, on paye en cacraves (...) Les nègres font commerce entre eux. Ainsi ceux du Cap Verd, de Refrisco, de Porto d’ale, de Juala se viennent fournir à Tnda, à Tonbada et à Tankerval, de peaux, d’ivoire, de riz, d’habits de coton, de tabac, d’or et d’esclaves au milieu du printemps, il y a une foire à mansibaer derrière une montagne où viennent beaucoup de gens et où l’on amène des poulets, des boucs, des vaches, du sel, du coton, des nattes et presque de toutes les marchandises du pays, excepté des peaux. On tient encore marché tous les lundis près de ce village dans une grande campagne (...) Il y a deux foires à Cassan (...) Les impôts sur les marchandises que les Acanistes (Akan) viennent acheter sur les terres du royaume de Fantin constituent une partie des revenus du roi (ne serait-ce pas l’ancêtre de notre « octroi de mer » antillais ?) (... ) les Acanistes sont de grand négociants (...) Ils fournissent bien les 2/3 de l’or que les Européens emportent de cette côte et vont revendre les marchandises qu’ils ont prises en échange de côté et d’autre, dans les quartiers des nègres qui sont éloignés de la mer (...) Les nègres de Wanqui ont de l’or et savent faire de fort jolis habits dont ils trafiquent avec les Acanistes  ».

ROYAUME  ASHANTI - 31.1 ko

ROYAUME ASHANTI
ANGLAIS DECOUVRANT LES CONSTRUCTIONS MASSIVES DU ROYAUME DES ASHANTIS

P. Mercier ajoute lui pour conforter le point de vue de Dapper que (Cf. Civilisation du Bénin, Sté Continentale d’Editions Modernes, p. 161, Hollandais anonyme) :

« Les Yorubas se sont fait auprès des Haoussa (...) une grande réputation de commerçants. Partout cependant le commerce (...) est florissant (...) Partout les marchés sont grouillants avec parfois autant de vendeurs que d’acheteurs (...) C’est tous les quatre jours que se tient le grand marché, sur toutes les routes qui viennent des villages, un interminable défilé de gens (...) La tradition (des marchés) est ancienne (...) ils y avaient des transactions d’une ville à l’autre et même avec l’extérieur du pays Yoruba  ».

On pourrait encore citer les commerçants de l’empire Ashanti qui utilisaient la poudre d’or, pesée avec une balance et des poids appelés poids d’or, comme monnaie d’échange.

Le Tarikh es Soudan et le Tarikh el-Fettach nous livrent aussi des informations précieuses sur le commerce local et régional. Il existait une multitude de négociants et commerçants professionnels qui faisaient la richesse de Tombouctou ou de Djenné. Les pièces de métal (de production locale, régional ou étrangère), la poudre d’or, les cauris (coquillages) et le sel servaient de monnaie.

Il existait des systèmes de parité, exemple : un peu moins de 500 cauris égalaient 1 mitkal de poudre d’or (4,6 g). Ainsi, comme le stipule encore P. Mercier (Cf. idem) :

« Même autrefois, il ne s’agissait pas de troc mais d’un véritable commerce. En tout cas, depuis plusieurs siècles. La monnaie européenne n’a fait que prendre la place d’une monnaie plus ancienne, le cauri (ces petits coquillages blancs) ont été employés dans une grande partie de l’Afrique noire, dans certaines régions, ils ont eu, au début de la période coloniale, un cours par rapport au franc ou à la livre  ».

Une étude de l’histoire de l’Afrique et de ses échanges commerciaux (marchés locaux, importations, exportations...) est donc légitime, compte tenu de la documentation historique relativement riche sur cette question.


09:22 Écrit par Max Lefou | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

11/09/2004

Le Code Noir sous Louis XIV

Article premier. Voulons et entendons que l’édit du feu roi de glorieuse mémoire notre très honoré seigneur et père, du 23 avril 1615, soit exécuté dans nos îles. Ce faisant, enjoignons à tous nos officiers de chasser hors de nos îles tous les juifs qui y ont établi leur résidence, auxquels, comme aux ennemis déclarés du nom chrétien, nous commandons d’en sortir dans trois mois, à compter du jour de la publication des présentes, à peine de confiscation de corps et de biens.

Article 2. Tous les esclaves qui seront dans nos îles seront baptisés et instruits dans la religion catholique, apostolique et romaine. Enjoignons aux habitants qui achèteront des nègres nouvellement arrivés d’en avertir les gouverneur et intendant des dites îles dans huitaine au plus tard, à peine d’amende arbitraire ; lesquels donneront les ordres nécessaires pour les faire instriure et baptiser dans le temps convenable.

Article 3. Interdisons tout exercice public d’autre religion que de la catholique, apostolique et romaine ; voulons que les contrevenants soient punis comme rebelles et désobéissants à nos commandements. Défendons toutes assemblées pour cet effet, lesquelles nous déclarons conventicules, illicites et séditieuses, sujettes à la même peine, qui aura lieu même contre les maîtres qui les permettront ou souffriront à l’égard de leurs esclaves.

Article 4. Ne seront préposés aucuns commandeurs à la direction des nègres, qui ne fassent profession de la religion catholique, apostolique et romaine, à peine de confiscation des dits nègres contre les maîtres qui les auront préposés et de punition arbitraire contre les commandeurs qui auront accepté ladite direction

Article 5. Défendons à nos sujets de la religions prétendue réformée d’apporter aucun trouble ni empêchements à nos autres sujets, même à leurs esclaves, dans le libre exercice de la religion catholique, apostolique et romaine, à peine de punition exemplaire.

Article 6. Enjoignons à tous nos sujets, de quelque qualité et condition qu’ils soient, d’observer les jours de dimanche et fêtes qui sont gardés par nos sujets de la religion catholique, apostolique et romaine. Leur défendons de travailler, ni faire travailler leurs esclaves aux dits jours, depuis l’heure de minuit jusqu’à l’autre minuit, à la culture de la terre, à la manufacture des sucres, et à tous autres ouvrages, à peine d’amende et de punition arbitraire contre les maîtres, et de confiscation tant des sucres que des dits esclaves qui seront surpris par nos officiers dans leur travail. [nb. Tous les prétextes sont bons pour priver les esclaves du repos hebdomadaire et des jours de fête.]

Article 7. Leur défendons pareillement de tenir le marché des nègres et de toutes autres marchandises les dits jours sur pareille peine de confiscation des marchandises qui se trouveront alors sur le marché, et d’amende arbitraire contre les marchands.

Article 8. Déclarons nos sujets, qui ne sont pas de la religion catholique apostolique et romaine incapables de contacter à l’avenir aucuns mariages valables. Déclarons bâtards les enfants qui naîtront de telles conjonctions, que nous voulons être tenues et réputées, tenons et réputons pour vrais concubinages.

Article 9. Les hommes libres qui auront eu un ou plusieurs enfants de leurs concubinages, avec leurs esclaves, ensemble les maîtres qui les auront soufferts, seront chacun condamnés à une amende de deux mille livres de sucre. Et s’ils sont les maîtres de l’esclave de laquelle ils auront eu les dits enfants, voulons qu’outre l’amende, ils soient privés de l’esclave et des enfants, et qu’elle et eux soient confisqués au profit de l’hôpital, sans jamais pouvoir être affranchis. N’entendons toutefois le présent article avoir lieu, lorsque l’homme libre qui n’était point marié à une autre personne durant son concubinage avec son esclave, épousera dans les formes observées par l’Église sa dite esclave, qui sera affranchie par ce moyen, et les esclaves rendus libres et légitimes. [nb. Dans le Code Noir de 1724 (Louisiane) : pas de mariage possible entre Blancs et Noirs ; interdiction aux prêtres de célébrer des mariages mixtes ; pas de concubinage entre Blancs et Noirs affranchis ou libres, et esclaves.]

Article 10. Les dites solennités prescrites par l’ordonnance de Blois et par la déclaration du mois de novembre 1639, pour les mariages, seront observées tant à l’égard des personnes libres que des esclaves, sans néanmoins que le consentement du père et de la mère de l’esclave y soit nécessaire, mais celui du maître seulement. [nb. Les esclaves qui seraient contraints de se marier par leurs maîtres n’ont aucun moyen juridique pour refuser]

Article 11. Défendons très expressément aux curés de procéder aux mariages des esclaves, s’ils ne font apparoir du consentement de leurs maîtres. Défendons aussi aux maîtres d’user d’aucunes contraintes sur leurs esclaves pour les marier contre leur gré.

Article 12. Les enfants qui naîtront de mariages entre esclaves seront esclaves et appartiendront aux maîtres des femmes esclaves, et non à ceux de leur mari, si le mari et la femme ont des maîtres différents.

Article 13. Voulons que si le mari esclave a épousé une femme libre, les enfants tant mâles que filles suivent la condition de leur mère et soient libres comme elle nonobstant la servitude de leur père ; et que si le père est libre et la mère esclave, les enfants soient esclaves pareillement.

Article 14. Les maîtres seront tenus de faire mettre en terre sainte dans les cimetières destinés à cet effet leurs esclaves baptisés ; et à l’égard de ceux qui mourront sans avoir reçu le baptême, ils seront enterrés la nuit dans quelque champ voisin du lieu où ils seront décédés. [nb. La « terre sainte » des Noirs est bien différente de la « terre sainte » des Blancs]

Article 15. Défendons aux esclaves de porter aucune arme offensive, ni de gros bâtons, à peine de fouet et de confiscation des armes au profit de celui qui les en trouvera saisis ; à l’exception seulement de ceux qui seront envoyés à la chasse par leurs maîtres, et qui seront porteurs de leurs billets ou marques connues.

Article 16. Défendons pareillement aux esclaves appartenant à différents maîtres de s’attrouper le jour ou la nuit sous prétexte de noces ou autrement, soit chez l’un de leurs maîtres ou ailleurs, et encore moins dans les grands chemins ou lieux écartés, à peine de punition corporelle, qui ne pourra être moindre que du fouet et de la fleur de lis ; et en cas de fréquentes récidives et autres circonstances aggravantes, pourront être punis de mort, ce que nous laissons à l’arbitrage des juges. Enjoignons à tous nos sujets de courir sus aux contrevenants, et de les arrêter et de les conduire en prison, bien qu’ils ne soient officiers et qu’il n’y ait contre eux aucun décret.

Article 17. Les maîtres qui seront convaincus d’avoir permis ou toléré telles assemblées composées d’autres esclaves que de ceux qui leur appartiennent, seront condamnés en leurs propres et privés noms de réparer tout le dommage qui aura été fait à leurs voisins à l’occasion des dites assemblées, et en dix écus d’amende pour la première fois, et au double en cas de récidive.

Article 18. Défendons aux esclaves de vendre des cannes à sucre pour quelque cause et occasion que ce soit, même avec la permission de leurs maîtres, à peine de fouet contre les esclaves, et de dix livres tournois contre leurs maîtres qui l’auront permis, et de pareille amende contre l’acheteur.

Article 19. Leur défendons aussi d’exposer en vente au marché, ni de porter dans les maisons particulières pour vendre aucune sorte de denrées, même des fruits, légumes, bois à brûler, herbes pour la nourriture des bestiaux et leurs manufactures, sans permission expresse de leurs maîtres par un billet ou par des marques connues, à peine de revendication des choses ainsi vendues, sans restriction du prix par leurs maîtres, et de six livres tournois d’amende à leur profit contre les acheteurs.

Article 20. Voulons à cet effet que deux personnes soient préposées par nos officiers dans chacun marché pour examiner les denrées et marchandises qui y seront apportées par les esclaves, ensemble les billets et marques de leurs maîtres, dont ils seront porteurs.

Article 21. Permettons à tous nos sujets habitants de nos îles de se saisir de toutes les choses dont ils trouveront les esclaves chargés lorsqu’ils n’auront point de billets de leurs maîtres, ni de marques connues, pour être rendues incessamment à leurs maîtres, si les habitations sont voisines du lieu où les esclaves auront été surpris en délit ; sinon elles seront incessamment envoyées à l’hôpital pour y être en dépôt jusqu’à ce que les maîtres en aient été avertis.

Article 22. Seront tenus les maîtres de faire fournir, par chacune semaine, à leurs esclaves âgés de dix ans et au-dessus pour leur nourriture, deux pots et demi, mesure du pays, de farine de manioc, ou trois cassaves pesant deux livres et demie chacun au moins, ou choses équivalentes, avec deux livres de bœuf salé ou trois livres de poisson ou autres choses à proportion ; et aux enfants, depuis qu’ils sont sevrés jusqu’à l’âge de dix ans, la moitié des vivres ci-dessus. [nb. La mortalité est énorme chez les Noirs. Ils sont mal nourris et les Blancs les font travailler au-delà de leurs forces pour faire plus de revenus.]

Article 23. Leur défendons de donner aux esclaves de l’eau-de-vie de canne guildent pour tenir lieu de la subsistance mentionnée au précédent article.

Article 24. Leur défendons pareillement de se décharger de la nourriture et subsistance de leurs esclaves, en leur permettant de travailler certain jour de la semaine pour leur compte particulier.

Article 25. Seront tenus les maîtres de fournir à chacun esclave par chacun an deux habits de toile ou quatre aulnes de toile, au gré des dits maîtres. [nb. En réalité, les maîtres s’occupent très peu de les habiller]

Article 26. Les esclaves qui ne seront point nourris, vêtus et entretenus par leurs maîtres selon que nous l’avons ordonné par ces présentes pourront en donner l’avis à notre procureur général et mettre les mémoires entre ses mains, sur lesquels et même d’office, si les avis lui en viennent d’ailleurs, les maîtres seront poursuivis à sa requête et sans frais, ce que nous voulons être observé pour les crimes et traitements barbares et inhumains des maîtres envers leurs esclaves. [nb. Les articles 30 et 31 annulent purement et simplement les bonnes intentions de l’article 26.]

Article 27. Les esclaves infirmes par vieillesse, maladie ou autrement, soit que la maladie soit incurable ou non, seront nourris et entretenus par leurs maîtres ; et en cas qu’ils les eussent abandonnés, les dits esclaves seront adjugés à l’hôpital ; auquel les maîtres seront condamnés de payer six sols par chacun jour pour la nourriture et entretien de chaque esclave. [nb. La pratique quotidienne est l’abandon pur et simple]

Article 28. Déclarons les esclaves ne pouvoir rien avoir qui ne soit à leur maître, et tout ce qui leur vient par industrie ou par la libéralité d’autres personnes ou autrement à quelque titre que ce soit, être acquis en pleine propriété à leur maître, sans que les enfants des esclaves, leur père et mère, leurs parents et tous autres libres ou esclaves puissent rien prétendre par succession, disposition entre vifs ou à cause de mort. Lesquelles dispositions nous déclarons nulles, ensemble toutes les promesses ou obligations qu’ils auraient faites, comme étant faites par gens incapables de disposer et contracter de leur chef.

Article 29. Voulons néanmoins que les maîtres soient tenus de ce que leurs esclaves auront fait par leur commandement, ensemble de ce qu’ils auront géré et négocié dans les boutiques, et pour l’espèce particulière de commerce à laquelle leurs maîtres les auront préposés ; et en cas que leurs maîtres n’aient donné aucun ordre et ne les aient point préposés, ils seront tenus seulement jusqu’à concurrence de ce qui aura tourné à leur profit ; et si rien n’a tourné au profit des maîtres, le pécule des dits esclaves que leurs maîtres leur auront permis d’avoir en sera tenu, après que leurs maîtres en auront déduit par préférence ce qui pourra leur être dû ; sinon que le pécule consistât en tout ou partie en marchandises dont les esclaves auraient permission de faire trafic à part, sur lesquelles leurs maîtres viendront seulement par contribution au sol la livre avec leurs autres créateurs.

Article 30. Ne pourront les esclaves être pourvus d’offices ni de commissions ayant quelques fonctions publiques, ni être constitués agents par autres que leurs maîtres pour gérer ni administrer aucun négoce, ni être arbitres, experts ou témoins tant en matière civile que criminelle. Et en cas qu’ils soient ouïs en témoignage, leurs dépositions ne serviront que de mémoires pour aider les juges à s’éclaircir ailleurs, sans que l’on en puisse tirer aucune présomption, ni conjoncture, ni adminicule de preuve.

Article 31. Ne pourront aussi les esclaves être partie ni être en jugement ni en matière civile, tant en demandant qu’en défendant, ni être parties civiles en matière criminelle, sauf à leurs maîtres d’agir et de défendre en matière civile, et de poursuivre en matière criminelle la réparation des outrages et excès qui auront été commis contre leurs esclaves.

Article 32. Pourront les esclaves être poursuivis criminellement sans qu’il soit besoin de rendre leur maître partie, sinon en cas de complicité ; et seront les dits esclaves jugés en première instance par les juges ordinaires et par appel au Conseil souverain sur la même instruction, avec les mêmes formalités que les personnes libres.

Article 33. L’esclave qui aura frappé son maître, sa maîtresse ou le mari de sa maîtresse ou leurs enfants avec contusion ou effusion de sang, ou au visage, sera puni de mort.

Article 34. Et quant aux excès ou voies de fait qui seront commis par les esclaves contre les personnes libres, voulons qu’ils soient sévèrement punis, même de mort s’il y échet.

Article 35. Les vols qualifiés, même ceux de chevaux, cavales, mulets, bœufs et vaches qui auront été faits par les esclaves, ou par les affranchis, seront punis de peines afflictives, même de mort, si le cas le requiert.

Article 36. Les vols de moutons, chèvres, cochons, volailles, cannes de sucre, pois, mil, manioc ou autres légumes faits par les esclaves seront punis selon la qualité du vol, par les juges, qui pourront s’il y échet les condamner à être battus de verges par l’exécuteur de la haute justice, et marqués d’une fleur de lis.

Article 37. Seront tenus les maîtres en cas de vol ou d’autre dommage causé par leurs esclaves, outre la peine corporelle des esclaves, de réparer le tort en leur nom, s’ils n’aiment pas mieux abandonner l’esclave à celui auquel le tort a été fait ; ce qu’ils seront tenus d’opter dans les trois jours, à compter du jour de la condamnation, autrement ils en seront déchus.

Article 38. L’esclave fugitif qui aura été en fuite pendant un mois à compter du jour que son maître l’aura dénoncé en justice, aura les oreilles coupées et sera marqué d’une fleur de lis sur une épaule ; et s’il récidive une autre fois à compter pareillement du jour de la dénonciation, aura le jarret coupé et il sera marqué d’une fleur de lis sur l’autre épaule ; et la troisième fois il sera puni de mort.

Article 39. Les affranchis qui auront donné retraite dans leurs maisons aux esclaves fugitifs seront condamnés par corps envers leurs maîtres en l’amende de trois cents livres de sucre par chacun jour de rétention ; et les autres personnes libres qui leur auront donné pareille retraite, en dix livres tournois d’amende pour chaque jour de rétention.

Article 40. L’esclave puni de mort sur la dénonciation de son maître, non complice du crime par lequel il aura été condamné, sera estimé avant l’exécution par deux principaux habitants de l’île qui seront nommés d’office par le juge ; et le prix de l’estimation sera payé au maître ; et pour à quoi satisfaire, il sera imposé par l’intendant sur chacune tête des nègres payant droits la somme porté par l’estimation, laquelle sera régalée sur chacun des dits nègres, et levée par le fermier du Domaine royal d’Occident pour éviter à frais.

Article 41. Défendons aux juges, à nos procureurs et aux greffiers de prendre aucune taxe dans les procès criminels contre les esclaves, à peine de concussion.

Article 42. Pourront seulement les maîtres, lorsqu’ils croiront que leurs esclaves l’auront mérité, les faire enchaîner et les faire battre de verges ou de cordes ; leur défendons de leur donner la torture, ni de leur faire aucune mutilation de membre, à peine de confiscation des esclaves et d’être procédé contre les maîtres extraordinairement. [nb. La réalité est que le colon brime, meurtrie, torture et tue.]

Article 43. Enjoignons à nos officiers de poursuivre criminellement les maîtres ou les commandeurs qui auront tué un esclave sous leur puissance sous leur direction, et de punir le meurtre selon l’atrocité des circonstances ; et en cas qu’il y ait lieu de l’absolution, permettons à nos officiers de renvoyer tant les maîtres que les commandeurs absous, sans qu’ils aient besoin d’obtenir de nous lettres de grâce. [nb. Les maîtres n’ont cessé de tourmenter, torturer, tuer ; ils seront pratiquement toujours absous]

Article 44. Déclarons les esclaves être meubles, et comme tels entrer en la communauté, n’avoir point de suite par hypothèque, se partager également entre les cohéritiers sans préciput ni droit d’aînesse, ni être sujets au douaire coutumier, au retrait féodal et lignager, aux droits féodaux et seigneuriaux, aux formalités des décrets, ni aux retranchements des quatre quints, en cas de disposition à cause de mort ou testamentaire.

Article 45. N’entendons toutefois priver nos sujets de la faculté de les stipuler propres à leurs personnes et aux leurs de leur côté et ligne, ainsi qu’il se pratique pour les sommes de deniers et autres choses mobiliaires.

Article 46. Dans les saisies des esclaves seront observées les formalités prescrites par nos Ordonnances et les coutumes pour les saisies des choses mobiliaires. Voulons que les deniers en provenant soient distribués par ordre des saisies, ou, en cas de déconfiture, au sol la livre, après que les dettes privilégiées auront été payées, et généralement que la condition des esclaves soit réglée en toute affaires, comme celle des autres choses mobiliaires, aux exceptions suivantes.

Article 47. Ne pourront être saisis et vendus séparément le mari de la femme et leurs enfants impubères, s’ils sont tous sous la puissance du même maître ; déclarons nulles les saisies et ventes séparées qui en seront faites, ce que nous voulons avoir lieu dans les aliénations volontaires, sur peine contre ceux qui feraient les aliénations d’être privés de celui ou de ceux qu’ils auront gardés, qui seront adjugés aux acquéreurs, sans qu’ils soient tenus de faire aucun supplément de prix. [nb. Dans la pratique, le maître peut vendre les enfants séparément de ses parents et marchander séparément les époux.]

Article 48. Ne pourront aussi les esclaves travaillant actuellement dans les sucreries, indigoteries et habitations, âgés de quatorze ans et au-dessus jusqu’à soixante ans, être saisis pour dettes, sinon pour ce qui sera dû du prix de leur achat, ou que la sucrerie ou indigoterie, ou habitation dans laquelle ils travaillent, soient saisies réellement ; défendons, à peine de nullité, de procéder par saisie réelle et adjudication par décret sur les sucreries, indigoteries ni habitations, sans y comprendre les esclaves de l’âge susdit et y travaillant actuellement.

Article 49. Les fermiers judiciaires des sucreries, indigoteries ou habitations saisies réellement conjointement avec les esclaves seront tenus de payer le prix entier de leur bail : sans qu’ils puissent compter parmi les fruits qu’ils percevront les enfants nés des esclaves pendant le bail.

Article 50. Voulons, nonobstant toutes conventions contraires que nous déclarons nulles, que les dits enfants appartiennent à la partie saisie, si les créanciers sont satisfaits d’ailleurs, où à l’adjudicataire, s’il intervient un décret ; et à cet effet mention sera faite, dans la dernière affiche avant l’interposition du décret, des dits enfants nés des esclaves depuis la saisie réelle ; que dans la même affiche il sera fait mention des esclaves décédés depuis la saisie réelle dans laquelle ils étaient compris.

Article 51. Voulons, pour éviter aux frais et aux longueurs des procédures, que la distribution du prix entier de l’adjudication conjointe des fonds et des esclaves, et de ce qui proviendra du prix des baux judiciaires, soit faite entre les créanciers selon l’ordre de leurs privilèges et hypothèques, sans distinguer ce qui est pour le prix des fonds d’avec ce qui est pour le prix des esclaves.

Article 52. Et néanmoins les droits féodaux et seigneuriaux ne seront payés qu’à proportion du prix des fonds.

Article 53. Ne seront reçus les lignagiers et seigneurs féodaux à retirer les fonds décrétés, s’ils ne retirent les esclaves vendus conjointement avec les fonds, ni les adjudicataires à retenir les esclaves sans les fonds.

Article 54. Enjoignons aux gardiens nobles et bourgeois, usufruitiers amodiateurs et autres jouissants des fonds auxquels sont attachés des esclaves qui travaillent, de gouverner les dits esclaves comme bons pères de famille sans qu’ils soient tenus après leur administration de rendre le prix de ceux qui seront décédés ou diminué par maladies, vieillesse ou autrement sans leur faute, et sans qu’ils puissent aussi retenir comme fruits à leurs profits les enfants nés des esclaves durant leur administration ; lesquels nous voulons être conservés et rendus à ceux qui en seront les maîtres et propriétaires.

Article 55. Les maîtres âgés de vingt ans pourront affranchir leurs esclaves par tous actes entre vifs ou à cause de mort, sans qu’ils soient tenus de rendre raison de leur affranchissement, ni qu’ils aient besoin d’avis de parents, encore qu’ils soient mineurs de vingt-cinq ans. [nb. Des mesures viendront plus tard pénaliser durement l’affranchissement]

Article 56. Les esclaves qui auront été faits légataires universels par leurs maîtres, ou nommés exécuteurs de leurs testaments, ou tuteurs de leurs enfants, seront tenus et réputés, les tenons et réputons pour affranchis. [nb. Il n’y a jamais eu de tutorat de Noirs ni de mulâtres sur des Blancs Et bien sûre, il n’y a pas eu d’exécuteurs testamentaires noirs ou métis des maîtres blancs décédés.]

Article 57. Déclarons leurs affranchissements faits dans nos îles leur tenir lieu de naissance dans nos îles, et les esclaves affranchis n’avoir besoin de nos lettres de naturalité pour jouir des avantages de nos sujets naturels dans notre royaume, terres et pays de notre obéissance, encore qu’ils soient nés dans les pays étrangers.

Article 58. Commandons aux affranchis de porter un respect singulier à leurs anciens maîtres, à leurs veuves et à leurs enfants ; en sorte que l’injure qu’ils leur auront faite soit punie plus grièvement, que si elle était faite à une autre personne. Les déclarons toutefois francs et quittes envers eux de toutes autres charges, services et droits utiles que leurs anciens maîtres voudraient prétendre, tant sur les personnes que sur leurs biens et successions en qualité de patrons.

Article 59. Octroyons aux affranchis les mêmes droits, privilèges et immunités dont jouissent les personnes nées libres ; voulons que le mérite d’une liberté acquise produise en eux, tant pour leurs personnes que pour leurs biens, les mêmes effets que le bonheur de la liberté naturelle cause à nos autres sujets. [nb. De nombreuses restrictions seront ajoutés : pas d’accès à la noblesse, pas d’accès à la « classe des Blancs », pas de possibilité d’exercer une charge dans la judicature et dans les milices, pas de profession les mettant même de loin en relation avec les fonctions juridiques ou judiciaires, etc.]

Article 60. Déclarons les confiscations et les amendes, qui n’ont point de destination particulière par ces présentes, nous appartenir, pour être payées à ceux qui se sont préposés à la recette de nos revenus. Voulons néanmoins que distraction soit faite du tiers des dites confiscations et amendes au profit de l’hôpital établi dans l’île où elles auront été adjugées. Si donnons en mandement à nos amés et féaux les Gens tenant notre Conseil souverain établi à la Martinique, Gade-Loupe, Saint-Christophe, que ces présentes ils aient à faire lire, publier et enregistrer, et le contenu en elles garder et observer de point en point selon leur forme et teneur, sans convenir ni permettre qu’il y soit contrevenu en quelque sorte et manière que ce soit, nonobstant tous édits, déclarations, arrêts et usages, auxquels nous avons dérogé et dérogeons par ces dites présentes. Car tel est notre bon plaisir ; et afin que ce soit chose ferme et stable à toujours, nous y avons fait mettre notre scel. Donné à Versailles au mois de mars mil six cent quatre-vingt-cinq, et de notre règne le quarante deuxième. Signé Louis. Et plus bas, par le Roi, Colbert. Visa, Le Tellier. Et scellé du grand sceau de cire verte, en lacs de soie verte et rouge.

PS. Bibliographie : Le Code Noir, Louis Sala-Molins, Presses Universitaires de France.

 

Il est bon de rappelez que la France n'est pas le seul pays à avoir utilisé l'esclavagisme. Pour les africains qui tenteraient d'y trouver une justification à une revanche particulière, rappelons que l'Egypte s'est aussi construite sur l'esclavagisme et les guerres. Cela est malheureusement une constante dans l'Humanité : l'exploitation des masses.


22:10 Écrit par Max Lefou | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

10/09/2004

Quand les victimes deviennent bourreaux.

Attention, l'article qui va suivre ne cherche pas à mettre en cause une communauté ou une religion. Elle ne fait que relater un fait historique concernant la politique d'un état et d'un gouvernement à une époque donnée. N'allez donc pas y chercher un quelconque antisémitisme. Ce texte est le compte-rendu d'un séance plénière des Nations-Unies.
 

RELATION ENTRE ISRAËL ET L’AFRIQUE DU SUD

L’Assemblée générale, Réaffirmant ses résolutions relatives aux relations entre Israël et l’Afrique du Sud, Ayant examiné le rapport spécial du Comité spécial contre l’apartheid sur l’évolution récente des relations entre Israël et l’Afrique du Sud, Prenant note des dispositions pertinentes de la Déclaration politique adoptée par la huitième Conférence des chefs d’État ou de gouvernement des pays non alignés, tenue à Harare du 1er au 6 septembre 1986, Notant avec satisfaction les efforts que fait le Comité spécial pour dénoncer la collaboration toujours plus étroite entre Israël et l’Afrique du Sud, Réaffirmant que la collaboration croissante d’Israël avec le régime raciste d’Afrique du Sud, en particulier dans les domaines économique, militaire et nucléaire, au mépris des résolutions de l’Assemblée générale et du Conseil de sécurité, constitue un obstacle sérieux à l’action internationale menée pour éliminer l’apartheid, un encouragement au régime raciste d’Afrique du Sud à persister dans sa politique criminelle d’apartheid et un acte d’hostilité envers le peuple opprimé d’Afrique du Sud et tout le continent africain, et qu’elle constitue une menace contre la paix et la sécurité internationales,

1. Condamne à nouveau énergiquement la collaboration toujours plus étroite entre Israël et le régime raciste d’Afrique du Sud, notamment dans les domaines économique, militaire et nucléaire ;

2. Exige qu’Israël renonce et mette fin immédiatement à toute collaboration avec l’Afrique du Sud, notamment dans les domaines économique, militaire et nucléaire, et respecte scrupuleusement les résolutions pertinentes de l’Assemblée générale et du Conseil de sécurité ;

3. Demande à tous les gouvernements et à toutes les organisations qui sont en mesure de le faire d’user de leur influence pour persuader Israël de renoncer à cette collaboration ;

4. Félicite le Comité spécial contre l’apartheid de diffuser des informations sur le resserrement des relations entre Israël et l’Afrique du Sud et d’amener l’opinion publique à mieux prendre conscience des graves dangers que comporte l’alliance entre ces deux pays ;

5. Prie le Comité spécial de continuer à diffuser, aussi largement que possible, des informations sur les relations entre Israël et l’Afrique du Sud ;

6. Prie le Secrétaire général de fournir au Comité spécial, par l’intermédiaire du Département de l’information et du Centre contre l’apartheid du Secrétariat, toute l’aide possible pour diffuser des informations concernant la collaboration entre Israël et l’Afrique du Sud ;

7. Prie en outre le Comité spécial de garder la question constamment à l’étude et de faire rapport à l’Assemblée générale et au Conseil de sécurité selon qu’il conviendra.

64e séance plénière 10 novembre 1986


 
Sachant la politique actuelle de l'Etat d'Israël à l'égard du peuple palestinien, il est inconcevable de considérer cet état comme "victime". Hélas, Israël n'est pas le seul pays à conserver des liens plus que "tendancieux" avec des régimes corrompus.Ainsi, la France de Chirac (et de de Gaulle, Pompidou, d'Estaing et Mitterand avant lui) entretiennent des relations plus que privilégiées avec les dictateurs de l'Afrique occidentale et centrale. Ainsi, de Gaulle était l'ami intime de Houphouët-Boigny, d'Estaing était entretenu par Bokassa, Mitterand avait en haute estime Mobutu et Bongo, Chirac est fier de compter Eyiadema parmis ses amis intimes. Mais faire la démonstration des manipulations de nos chefs d'Etats dans des pays sous influence relèvent plus de l'encyclopédie que du blog.
 
Voici néanmoins quelques références si vous êtes intéressé par le sujet
 
Pierre Péan : Affaires Africaines Ed. Fayard
Foccart Parle 1 & 2 : Ed. Fayard
Adam Hochshild : Les fantômes du Roi Léopold Ed. Belfond
 
Ceci n'est pas exhaustif...

 
 
 

18:55 Écrit par Max Lefou | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

09/09/2004

Les origines africaines probables de l'écriture

L’histoire de l’écriture en Europe commence avec Cadmos qui vint vers le Ier millénaire av. J.C., livrer « clé en main » aux Pélasges (l’une des composantes du peuple grec) la technique de l’écriture qui avait été enseignée autrefois aux Phéniciens par les prêtres égyptiens. De l’aveu même d’Hérodote et de Diodore, l’écriture européenne n’est donc pas le fruit de la culture grec mais bel et bien de tradition africaine. Voilà pourquoi les Européens anciens n’ont pas connu d’écriture pictographique et de l’aveu de certains, leur quête dans ce domaine fut assez pauvre.

«  Notre civilisation, qui n’a jamais eu d’autre expérience de l’écriture que l’alphabet (apportée par Cadmos), a pu sous estimer l’importance des signes graphiques dans la communication », nous livre par exemple le site web de la BNF.

Pour l’Afrique noire, c’est tout le contraire vu qu’il a toujours existé de nombreux systèmes d’écriture. Par conséquent, si on admet que l’Histoire (avec un grand H) commence avec l’apparition de l’écriture, l’Afrique est, en l'état actuel des connaissances, le berceau de l’histoire et de la civilisation. A ce propos, la BNF nous dit :

«  Berceau présumé de l’humanité, le continent africain est aussi un immense espace géographique et culturel qui vit naître, en certaines de ses régions, des écritures réputées être parmi les plus anciennement inventées sur la terre, comme les hiéroglyphes d’Égypte ou l’écriture méroïtique de la haute vallée du Nil ; s’y développèrent dès l’Antiquité d’autres systèmes, alphabétiques ou syllabiques : écritures punique et libyco-berbère, grecque et latine, sur la bordure méditerranéenne ; écritures éthiopiennes en Afrique de l’Est ; écriture arabe à partir du VIIe siècle en Afrique du Nord, et dans les régions sahariennes, soudanaises et nigériennes islamisées  ».

1- L’Afrique ancienne

Les fouilles menées en 1998 par le professeur Günter Dreyer, directeur de l’Institut d’Archéologie d’Allemagne, ont dévoilé que l’écriture est née en Afrique noire (Soudan) vers 3 400 av. JC, donc bien avant la Mésopotamie (où les hommes ont écrit par la suite sur des tablettes d’argile). A ce sujet, ce dernier confirma que (Cf. Dépêche agence Reuters du 15/12/98) :

"L’écriture égyptienne était bien plus avancée que celle de la Mésopotamie qui à l’époque n’était pas encore habitée par les Sumériens".

En effet, à 400 km au sud du Caire, à Abydos, son équipe a trouvé 300 poteries dans des tombes royales, portant des inscriptions hiéroglyphiques. Cette information est importante car elle atteste que bien avant l’avènement du pharaon soudanais Narmer, unificateur des deux terres (Haute et Basse Egypte) vers 3 200 avant J.C., cette découverte cruciale pour l’humanité, avait déjà été faite par les Africains anciens près de 200 ans au paravant.

Ceci est d’autant plus remarquable que les Nègres ont utilisé la faune et la flore africaine, au sud de l’Egypte, pour mettre au point cette invention (lions, babouins, roseaux, crocodiles, hippopotames, etc...).

Pour les Egyptiens, c’est une femme/déesse nommée Séchat qui a recueillit auprès du Divin les « signes sacrés » (Medou Neter) et qui les a ensuite transmit à son époux (Djehouty dit Thot) afin que ce dernier les révèle aux Nègres. Cette découverte est d’autant plus importante que l’écriture cunéiforme est restée stérile et n’a engendrée aucune autre forme d’écriture, contrairement aux hiéroglyphes qui donnèrent naissance aux autres formes d’écriture actuelles.

Cependant, en Egypte (Kemet, de son nom antique), il a existé plusieurs types d’écriture. Premièrement : en fonction de la nature de l’utilisation il existait, comme l’ont attesté les Grecs, trois sortes d’écriture :

-   Monumentale,
-   Administrative,
-   Religieuse.

Deuxièmement, il convient de noter les évolutions techniques de cette écriture à travers le temps :

-   les hiéroglyphes,
-   le hiératique,
-   le démotique.

Mais dans l’antiquité africaine, il existait aussi l’écriture Méroïtique de l’empire Koushite (non encore complètement déchiffrée) et de sa capitale Méroé. Celle-ci prit la succession de l’ancienne capitale Napata au sud de l’Egypte (près de la montagne sacrée du Djebel Barkal) et perdura du 6ème siècle avant J.C au 4ème siècle de notre ère.

Cette civilisation Koushite, à l’origine de la civilisation égyptienne, a d’ailleurs conquis l’Egypte et fondé la 25ème dynastie, vers 700 avant J. C. Certains de ses pharaons célèbres furent Piankhi, Shabaka, Shabataka, Taharqa, Tanounamon, etc...

Diffusion de l’écriture dans l’humanité

Ecriture de l’empire Koush (Méroé)

2- L’Afrique précoloniale

L’Afrique précoloniale a connu divers hommes de lettres qui maîtrisaient divers types d’écritures dont certains ont été révélés par le linguiste Théophile Obenga (Cf. L’Afrique dans l’antiquité - Théophile Obenga), l’historien Ibrahima Baba Kaké (Cf. La vie privée des hommes. Au temps des grands empires africains - Ibrahima Baba Kaké - éd. Hachette jeunesse ), le professeur Louis Maes Diop (Cf. Afrique Noire : démographie, sol et histoire - Louise Maes Diop - éd. Khépéra & Présence Africaine ), l’historien Pathé Diagne (Cf. Histoire Générale de l’Afrique - Pathé Diagne - Unesco, tome 1) et le professeur Cheikh Anta Diop (Cf. L’Afrique noire précoloniale - Cheikh Anta Diop - éd. Présence Africaine ).

Parmi celles-ci on peut citer les écritures Arako (Yoruba au sud du Nigéria), Giscandi (des Kikuyu au Kenya), Mende (Sierra Léone) ou encore Nisbidi (des Efik au Nigéria). L’écriture Giscandi fut découverte en 1910 par W. Scoresby Routledge et Katherine Routledge. A propos de l’écriture Nsibidi, P. A. Talbot souligne que celle-ci est sûrement très ancienne et dans une large mesure, pictographique.

Une comparaison faite par Obenga montre la parenté entre certains signes égyptiens et Nsibidi. Pour l’écriture Toma, J. Joffre constate que certains signes connaissent une modification dans leur orientation pouvant aller jusqu’à 180°. Les supports de ces écritures sont assez divers : murs, piliers, tablettes, pierres, tissus, arbres, calebasses, etc...

« Certes, on ne parle pas d’alphabet, de ponctuation ni d’orthographe, mais d’une grammaire visuelle qui organise ces signes. Le regard en reconnaît l’ordre, et c’est en inventant la lecture, pour comprendre les messages gravés, que chacun à sa manière s’engage sur la trace de l’écriture. Le signe graphique africain représente le plus souvent, un message complet et non une forme phonétique isolée  » nous dit la BNF mais encore ne faut-il pas enterrer trop vite l’alphabet.



18:45 Écrit par Max Lefou | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

08/09/2004

Comment l'aide humanitaire appauvri l'Afrique

La technique du "colonialisme informel" n’est pas neuve. Elle a souvent servi pendant l’ère coloniale, en Égypte comme en Tunisie. Le bey de Tunis avait beaucoup emprunté pour renforcer son armée et relâcher ses liens avec la Turquie. Une grande part de la somme empruntée correspondait à des obligations détenues par des Français, qui réclamèrent l’aide du Quai d’Orsay et furent entendus. La gestion du bey devait être soumise à une supervision, technique éprouvée par la France et l’Angleterre et que prolonge le FMI.

La commission mixte Franco-tunisienne, créée en 1869, imposa des conditions draconiennes. Elle s’octroyait le droit de collecter et de distribuer les revenus de l’état afin de garantir que les actionnaires fussent les premiers servis. Le président William Charron vient justement d’obliger le Mexique à accepter un accord semblable, en hypothéquant sa principale richesse, le pétrole, en échange d’un prêt de plusieurs milliards de dollars pour servir de caution aux financiers de Wall Street.

A partir de 1869, les finances publiques de la Tunisie, et donc son gouvernement effectif, sont sous contrôle étranger. La Tunisie devient une "colonie informelle". Les pressions étrangères pour le paiement des intérêts s’accroissent, le bey doit augmenter les impôts, et, de ce fait, le peuple s’agite et accuse le gouvernement d être vendu aux étrangers. L’annexion réelle a lieu en 1881 (peut-être n’aurait-elle pas eu lieu sans la crainte que l’Italie ne prenne les devants). Une histoire identique s’est déroulée en Égypte. Harry Magdoff la résume à la perfection : "La perte de souveraineté de l’Égypte rappelle le produit de l’œuvre en Tunisie : crédit facile prolongé par les Européens, banqueroute, contrôle croissant de la commission de la dette extérieure exploitation des paysans pour récolter les fonds du service de la dette, agitation nationaliste grandissante conquête militaire pur un pouvoir étranger".

L’ère du développement a, bien entendu, perfectionné la technique du prêt comme moyen de contrôle.

On en cache désormais le plus gros sous l’euphémisme « aide », justifiée par la pauvreté du tiers-monde, un symptôme de sous-développement, dont le développement semble le palliatif automatique. Pour y remédier, il faut des capitaux et un savoir technique, ce que, précisément. le système des firmes occidentales procure. Selon les mots de John M. Galbraith, "ayant le vaccin, nous avons inventé la vérole".

On érige actuellement en modèle les nouveaux pays industriels comme la Corée du Sud, Taiwan, Singapour ou Hongkong. Or ni Singapour, ni Hongkong n’ont beaucoup emprunté pour leur développement. Taiwan, a emprunté un peu, au début, mais a su résister à la pression des Etats-Unis pour l’amener à dépenser plus. Seule la Corée du Sud a emprunté de façon notable. Si elle a réussi là où d’autres ont échoué, et racheté sa dette par les exportations, c’est parce que, précisément, elle a su résister aux pressions de la Banque mondiale et du FMI qui insistaient pour qu’elle ouvre ses marchés. Le contrôle des importations et des capitaux a été maintenu par Séoul, comme l’avait fait auparavant le Japon. S’il est clair que le développement exige des capitaux, note l’économiste Cheryl Payer, "dans le monde d’aujourd’hui, la vraie rareté n’est pas le capital mais les marchés ».

L’aide se révèle actuellement un excellent instrument pour ouvrir les marchés, une bonne part de cette assistance étant liée à l’acquisition de produits exportés par le pays donateur. Comme les colonies de jadis, forcées d’acheter les biens manufacturés de la métropole, les bénéficiaires des crédits doivent dépenser jusqu’à 70 % d’un argent censé soulager la pauvreté et la malnutrition en biens d’équipement inadaptés et en produits industriels des généreux donateurs. Et s’ils osaient refuser d’acheter, ils se retrouvèrent vite à, genoux par la simple menace de supprimer les ressources dont ils dépendent toujours plus.

Ainsi conçue, l’aide est, en général, inutile aux pauvres du Sud pour la bonne raison que l’économie locale, qui seule peut les nourrir, n’a nul besoin d’autoroutes, de grands barrages, de semences hybrides engrais et pesticides de la révolution verte . Ces produits n’intéressent que l’économie globale qui s’étend aux dépens de l’économie locale, dont elle détruit l’environnement, dont elle désagrège les communautés, dont elle capte les ressources une à une : eaux, forêts, terres et ... bras.

La crise de la dette du début des années 80 avait tari l’investissement privé dans les pays du Sud, et l’argent frais proposé par les banques multinationales du développement servait surtout au remboursement des intérêts sur les prêts que les pays débiteurs avaient contractés auprès des institutions privées, Tout cela a changé en quelques années. L’investissement privé dans certains pays du Sud appelés désormais "pays émergents" - a progressé par bonds pour atteindre 200 milliards de dollars par an, dont la moitié en placements à long terme, l’autre moitié en fonds spéculatifs à court terme.

Cette augmentation massive s’explique en partie par l’inadéquation entre les immenses sommes d’argent disponibles aux Etats-Unis et dans les autres pays industriels, qui cherchent à se placer, et le manque d’opportunités dans les Etats développés. En partie aussi parce que l’on a instauré dans le monde entier des conditions on ne peut plus favorables aux sociétés multinationales : une abondante main-d’œuvre non qualifiée, mais aussi des techniciens et cadres hautement qualifiés, à très bas prix. Ces sociétés ont, de surcroît, accès à tous les services financiers et aux dernières techniques informatisées de production et de gestion.

Qui plus est, l’Organisation mondiale du commerce (OMC) met désormais les pays du Sud dans l’obligation d’accepter tout investissement étranger, de traiter en "compagnie nationale" toute firme étrangère établie sur leur sol dans l’agriculture, les mines, l’industrie et les services, d’éliminer les droits de douane et quotas d’importation sur toute marchandise, produits agricoles y compris, et d’abolir les obstacles non tarifaires au commerce, tels que la législation sur le travail, la santé et l’environnement qui risqueraient d’augmenter les coûts de production.

Aucun gouvernement, même au Nord, n’exerce plus de contrôle sur les entreprises multinationales.

Si une loi dérange leur expansion, elles menacent de partir, et elles peuvent le faire sur-le-champ. Elles sont libres de courir la planète pour choisir la main-d’oeuvre la moins chère, l’environnement le moins protégé par la loi, le régime fiscal le moins onéreux, les subsides les plus généreux. Plus besoin de s’identifier à une nation ou de laisser un attachement sentimental (fût-il patriotique) entraver leurs projets. Elles se trouvent totalement hors de contrôle.

A mesure qu’un petit nombre de firmes s’emparent du marché mondial des biens qu’elles produisent et distribuent, la concurrence entre elles correspond de moins en moins à leur intérêt. La compétition réduit les marges ; la coopération, en revanche, leur permet de renforcer leur emprise sur les gouvernements, et de faire face à l’opposition grandissante des mouvements populistes, nationalistes ou autres, qui voudraient réduire leur influence et leur pouvoir. De plus en plus, les firmes pratiquent l’intégration verticale, qui leur permet de contrôler chaque étape du fonctionnement de leur secteur, de l’extraction des minéraux, par exemple, à la construction d’usines, à la production de marchandises, au stockage, au transport vers les filiales étrangères, à la vente en gros et au détail. Elles s’assurent que ce sont elles qui fixent les prix à chaque étape, et non - comme elles le font croire -le marché.Les transactions mondiales s’opèrent de plus en plus massivement entre les multinationales et leurs filiales.

Il ne s’agit plus de commerce véritable mais du produit d’une planification privée centralisée à l’échelle de la planète.

Pour Paul Enkins, économiste et écologiste britannique, les multinationales deviennent " des zones géantes de planification bureaucratique, au sein d’une économie, par ailleurs, de marché. Une similarité fondamentale existe, selon lui, entre firme géante et entreprise d’Etat, "Les deux emploient des structures de commandement hiérarchisé pour allouer des ressources dans les frontières de leur organisation, au lieu de se tourner vers le marché".

Quel garde-fou, se demande-t-on, pourrait empêcher 50 %, 60 % ou 80 % du commerce mondial d’opérer ainsi l’intérieur des « frontières d’organisations ? Notre avancée sur cette voie peut déboucher sur l’ère de planification centrale à l’échelle de la planète : le colonialisme global des firmes. Ces nouvelles puissances coloniales ne répondent pas à leurs actes et ne rendent compte qu’à leurs actionnaires. Ce ne sont guère que des machines à accroître leur profit immédiat. Mais elles auront désormais le pouvoir de forcer un gouvernement à défendre, si besoin, leurs intérêts contre ceux du peuple qui l’a élu.

Ce nouveau colonialisme des firmes transnationales risque fort d’être le plus impudent et le plus brutal que l’on ait jamais vu.

Il pourrait déposséder, appauvrir et marginaliser plus de gens, détruire plus de cultures, causer plus de désastres écologiques que le colonialisme de jadis ou le développement des cinquante dernière années. Combien de temps tiendra t-Il ? Peut-être quelques années ou quelques décennies, mais une économie générant la misère à cette échelle ne peut survivre longtemps


20:08 Écrit par Max Lefou | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

06/09/2004

Néocolonialisme

Ne sommes-nous pas entrés dans une nouvelle phase de l’histoire coloniale ?

Les sociétés industrielles ont d’abord pratiqué, dès le XIXème siècle, la conquête des marchés du sud, puis l’occupation militaire et l’annexion, au cours de la seconde moitié du XXème siècle et après les indépendances, les politiques dites "de développement" se sont traduites par des formes inédites de contrôle et de vassalisation. Aujourd’hui, à l’ère de la mondialisation, un type nouveau de colonisation se répand ; il n’est plus conduit comme jadis par des Etats, mais par des firmes transnationales géantes.

L’idée, très ancienne, d’un modèle de développement qui serait semblable à celui de l’embryon et qui conduirait, de manière croissante et ininterrompue, de la pauvreté à un état de prospérité générale, est - comme tous les messianismes. - plus dangereuse qu’il ne paraît. Un économiste français, François Partant, l’a fort bien compris : "Les nations développées, affirme t-il, se sont découvertes une nouvelle mission : aider le tiers-monde à avancer sur la voie du développement qui n’est autre que celle que les Occidentaux prétendent indiquer au reste de l’humanité depuis des siècles...".

Un rapide coup d’œil sur la situation du Sud montre une incontestable et troublante continuité depuis l’ère Coloniale jusqu’à aujourd’hui : aucune révision de frontière par des pays indépendants de fraîche date, nulle tentative de restauration de modèle culturels pré-coloniaux, aucune modification des pratiques coloniales en matière de gestion des terres. Les paysans pauvres, qui "identifiaient la lutte pour l’indépendance au combat pour les terres", n’ont pas obtenu des lopins à cultiver. "L’indépendance nationale a vu la reprise des terres par un nouveau type de colons". C’est, observe l’essayiste Randall Baker, "l’histoire, par essence, d’une continuité".

Les deux termes "développement" et "colonialisme" (du moins dans sa dernière phase, après 1870) désignent-ils un seul et unique phénomène tendant vers un même objectif ?

On peut le penser, si l’on considère que cet objectif fut énoncé sans fard par ses partisans les plus exaltés. Ainsi, Jules Ferry, devant la chambre des députés, a Paris, en juillet 1885, déclarait : "La question coloniale dans un pays comme le nôtre, dont le caractère même de l’industrie est lié à des exportations considérables, est vitale pour la conquête des marchés. De ce point de vue (...) la fondation d’une colonie est la création d’un marché".

Paul Leroy-Beaulieu, auteur du livre très influent, De la colonisation chez les peuples modernes, en 1874, ne disait pas autre chose, tout comme, en Angleterre, Cecil Rhodes ou Lord Luguard. Pourtant, nombre de pays d’Asie ou d’ailleurs ne souhaitent offrir aux puissances occidentales ni leurs marchés, ni leur main-d’œuvre mal payée, ni leurs matières premières tant convoitées. Ils ne voulaient pas non plus laisser des firmes opérer sur leur territoire et ouvrir de grands chantiers de "développement" du réseau routier ou des mines. Les pays colonialistes se livrèrent alors à toutes sortes de pressions. Il faudra, par exemple, deux guerres pour contraindre la Chine à ouvrir ses ports aux commerces anglais et français.

L’essor du commerce exigeait d’imposer des concessions toujours plus vastes, créant ainsi des conditions toujours plus favorables aux firmes européennes. Si l’opposition locale était trop forte, si un gouvernement nationaliste ou populiste venait au pouvoir, les puissances européennes avaient recours à l’occupation militaire et à l’annexion. "Le colonialisme, écrit un historien britannique, n’était pas un choix, mais un ultime recours".

Sous l’impact du colonialisme et des valeurs occidentales, les sociétés traditionnelles, en Asie et en Afrique, se délitaient peu à peu. Et cela rendait plus facile le maintien des conditions propices au commerce et à la pénétration de l’Occident. Au milieu du XXème siècle, au moment de la décolonisation et des indépendances, les investisseurs et commerçants d’Europe purent enfin "opérer à leur satisfaction dans le cadre politique de la plupart des Etats indigènes reconstruits, comme leurs prédécesseurs avaient rêvé de le faire au XIXème siècle mais sans affronter les problèmes qui firent jadis d’un empire un indispensable expédient".

Autrement dit : le colonialisme n’est pas mort de l’abandon par les puissances européennes des bénéfices qu’il procurait, mais bien parce qu’elles pouvaient, à ce stade, les obtenir par des méthodes plus acceptables. Et plus efficaces. C’est ce que pensaient les diplomates et les dirigeants économiques qui se réunirent à Washington, à partir de 1939, sous l’égide de l’US Council on Foreign Relations. Ils cherchaient les moyens de plier l’économie mondiale postcoloniale aux intérêts du commerce américain, quand la guerre serait finie. Ces discussions devaient aboutir à la fameuse conférence de 1994 à Bretton Woods où furent fondés la Banque Mondiale et le Fonds Monétaire Internationale (FMI).

Le libre-échange revenait, disait-on, à "une compétition sur un terrain plat", sans avantage déloyal. Mais quand le fort attaque le faible, même sur un terrain plat, la partie n’est-elle pas joué d’avance ? Au moment de Bretton Woods, les Etats-Unis contrôlaient sans partage la sphère politico-économique, l’Europe industrielle se trouvait ruinée par la guerre et le Japon conquis et vassalisé.

Un siècle plutôt, c’était l’Angleterre qui prêchait le libre-échange, et pour les même raisons : comme elle dominait l’économie mondiale, le libre-échange servait ses buts commerciaux. De 1860 à 1873, Londres réussit à créer le premier noyau du "système mondial universel de flux virtuellement illimités de capitaux, marchandises et travailleurs", constate l’historien britannique Eric Hobsbawn. Seuls les Etats-Unis restaient systématiquement protectionnistes, ne réduisant leurs droits de douane que de 1832 à 1860, puis de 1861 à 1865, après la guerre de Sécession.

Vers 1870, l’Angleterre a commencé à prendre son avantage sur ses concurrents. Ses exportations chutèrent de 1873 à 1890, puis de nouveau, au tournant du siècle. Au même moment, les crises prolongées des années 1870 et 1890 sapaient la croyance en l’efficacité du libre-échange. Dans les années 1890 surtout, les pays d’Europe, Belgique, Angleterre et Pays-Bas mise à part, relevèrent leur droit de douane. Voyant leur marché se rétrécir, les firmes se tournèrent alors vers ceux d’Afrique, d’Asie, d’Amérique Latine et du Pacifique, rendus accessibles par des cargos à vapeur rapides et de fort tonnage.

Pour cela, il fallait conquérir et inféoder des pays où l’on pourrait vendre des produits manufacturés avec profit, sans crainte de la concurrence, sans se soucier de la compétition d’autres pays d’Europe plus efficaces. Ce fut la ruée sur les colonies. En 1878, 67 % des terres émergées du globe étaient colonisées par des Européens. En 1914, la proportion atteignait 84,4 %.

Le meilleur et le plus intelligent moyen d’ouvrir les marchés consistait à créer sur place une élite occidentalisée, assujetti au progrès économique et indifférente à ses conséquences sur la vie de la majorité de ses compatriotes.

Cela, qui demeure vrai aujourd’hui, explique pourquoi, comme le souligne François Partant, les intérêts des gouvernements des pays de Sud restent, en général, "opposés à ceux de la plupart des gouvernés".

La nécessité de créer de telles élites était d’évidence bien comprise par les puissances coloniales. Après la révolte de l’Inde en 1857, le principal sujet de discussion dans les cercles politiques de Londres était de savoir s’il était temps, pour prévenir de nouveaux troubles, de former une étire angliciste, favorable au commerce ou si, selon l’opinion la plus répandue, on devait maintenir l’occupation militaire indéfiniment.

Ces élites doivent bien entendu, être armée de façon à pouvoir imposer un type de développement qui, par nécessité, entraîne l’expropriation ou l’appauvrissement de la plupart des citoyens. Cela est resté l’un des buts principaux des programmes actuels d’aide. Les deux tiers de l’aide que les États?Unis octroient aux pays du Sud concernent l’assistance en matière de sécurité et comprennent notamment un entraînement militaire et des transferts d’armes. La plupart des gouvernements ayant reçu une aide en matière de sécurité étaient des dictatures militaires. Ce fut le cas, dans les années 60 et 70, du Nicaragua, du Salvador, du Guatemala, du Chili, de l’Argentine, de l’Uruguay, du Paraguay, du Brésil ou du Pérou.

Ainsi, lorsqu’un gouvernement défavorable aux intérêts de l’Occident parvenait au pouvoir en Amérique Latine, tout était mis en œuvre par Washington pour le déloger. En 1954, les Etats-Unis organisèrent un coup d’Etat contre le gouvernement guatémaltèque de Jacobo Arbenz, qui avait nationalisé des plantations de bananes nord-américaines. Ils ont récidivé, dans les années 60 contre Cuba et le régime de M. Fidel Castro en organisant en 1961, le débarquement de la baie des Cochons ; et contre le Brésil, quand Joao Goulart voulut appliquer une réforme agraire et contrôler les agissements des multinationales américaines ; puis en 1965, contre la République dominicaine. Et encore en 1973 contre le Chili (...) puis en 1989 contre le Panama.

De la même manière, pendant l’ère coloniale, les puissances européennes n’ont pas cessé d’envoyer des troupes à la rescousse de régimes vassaux confrontés à des révoltes populaires. La France et la Grande-Bretagne ont ainsi concouru à réprimer en Chine la rébellion du mouvement taiping (1854), puis écrasé le soulèvement xénophobe des Boxers (1900), en 1882, Londres a envoyé des troupes pour aider le khédive Ismail à mater la révolte nationaliste de l’Egypte.

Les pouvoirs occidentaux ne font pas autre chose de nos jours. Lorsque, en 1964, un coup d’État menaçait le président?dictateur Mba du Gabon, la France a dépêché des parachutistes pour le remettre au pouvoir. Ces troupes sont restées auprès de son successeur, le président Omar Bongo. que l’essayiste français Pierre Péan définit comme "l’élu d’un groupe de Français puissants dont l’influence a perduré au Gabon après l’indépendance". Les États-Unis ou le Royaume-Uni n’ont pas montré plus de scrupules à l’occasion de leurs sphères d’influence.

Dans la mesure où les colonies fournissaient aux métropoles un marché pour leurs exportations, industrielles, des travailleurs à bon compté et les matières premières, elle, s’en privaient pour leur propre secteur productif. Leur économie interne était ainsi sérieusement affaiblie, les manufactures indigènes vouées à la destruction. C’est ainsi que l’Angleterre a tué en Inde, l’industrie textile villageoise qui était le sang vital irriguant l’économie du sous-continent. En Afrique de l’Ouest, en 1905, tout produit manufacturé ne provenant pas de France ou d’un pays sous sa domination était taxé d’un impôt qui augmentait son prix, ruinant les commerçants et les artisans locaux.

L’après-guerre a vu se perpétuer la mène faiblesse des économies internes. L’Occident a, à peine, autorisé la production d’un tout petit nombre de produits d’exportation. L’exemple typique est le sucre : sous la pression de la Banque mondiale, d’immenses territoires du Sud ont été consacrés à la culture de la canne, alors que l’Union européenne, comme les Etats?-Unis. Continuaient à subventionner leur propre production de sucre, d’où un effondrement des cours. Comment s’étonner que les termes de l’échange avec les pays pauvres du Sud se soient dégradés ?

Par Edward GOLDSMITH Article paru dans le Monde Diplomatique d’avril 1996.


21:03 Écrit par Max Lefou | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

05/09/2004

L'oubli des libérateurs du Sud

Nous avons tous vu sur les supports médiatiques occidentaux la commémoration relative au D-Day avec le débarquement des alliés.Une pluralité de nations ont été honoré pour leur participation à la libération de la France et de l’Europe or on peut se demander là aussi quel a été le rôle de l’Afrique.

DEFILE DES TIRAILLEURS SENEGALAIS A PARIS EN 1939 Les Anneaux de la mémoire (oubliée) - Unesco

A cette période, l’Afrique est sous le joug de l’impérialisme mais des hommes de tous les coins du continent vont malgré tout s’enroler dans la bataille. Sans l’Afrique ,l’avenir de la France et de l’europe auraient été plus qu’hypothétique, mais force est de constater que la mémoire de ces hommes, là encore n’est pas reconnue à la mesure de leur apport, ou peut-être est tout simplement occultée, Pourquoi ?

On a pas parlé des "tirailleurs sénégalais" alors que les troupes dites coloniales regorgeaient d’une pluralité d’africains.

Les soldats africains (d’algérie, du maroc, du sénégal, du mali , du cameroun, du congo ou du gabon....ETC) sont Les soldats indigènes, oubliés de la 1ère guerre mondiale. De 1914 à 1918, un peu plus de 800 000 indigènes ont été enrôlés comme soldats ou comme travailleurs, dans l’ensemble des territoires constituant l’Empire colonial Français.

Près de 600 000 soldats indigènes ont été directement engagés sur tous les fronts ( en France, dans les Balkans, en Palestine, en Afrique noire ), placés sous le commandement de sous-officiers et d’officiers presqu’exclusivement européens.Au total, entre 1914 et 1918, plus de 290 000 soldats nord-africains ont combattu au service de la France :

-  173 019 Algériens, les plus nombreux ;
-  80 339 Tunisiens ;
-  40 398 Marocains

la capital de la france libre fût établie en afrique noire et la première victoire française fût l’oeuvre des soldats africains lors de la bataille de Kafou.

Les apports des africains relatif à la seconde son mis en exergue dans l’ouvrage du journaliste africain Charles Onana intitulé "la france et ses tirailleurs"(15 euros) :

"Je n’avais pas la prétention d’écrire un livre d’histoire au sens académique du terme. Je pense qu’en tant que journaliste, il était nécessaire pour moi d’attirer l’attention du public et des citoyens d’aujourd’hui, des étudiants et des élèves, sur le rôle que les Africains ont eu et la contribution qui a été la leur dans la deuxième guerre mondiale aux côtés de la France", a-t-il expliqué dans un entretien accordé à l’APS.

Cette enquête inédite révèle l’histoire occultée de la résistance gaulliste, aujourd’hui ignorée du public et des livres scolaires, ainsi que celle d’une partie importante de l’armée française. En s’appuyant sur les archives du maréchal Leclerc de Hauteclocque, sur les archives militaires, sur les documents du général de Gaulle, sur les témoignages des principaux acteurs et sur des photos prises au cours de la seconde guerre mondiale, l’auteur apporte d’autres révélations sur la tentative de suicide de Jean Moulin pour l’honneur des Africains de l’armée française.

Il dévoile le litige des pensions de retraite qui oppose les anciens combattants français d’Afrique aux ministres de la Défense et de l’Economie et des Finances.

Ces faits historiques n’apparaissent guère dans les livres d’histoires, ces faits sont totalement méconnus de l’opinion publique mais surtout de la communauté africaine.

Heureusement, la France a - il était temps - rendu hommage à quelques anciens combattants lors d'une remise de Légion d'Honneur sur le porte-avion CHarles de Gaulle. Mais pourquoi avoir attendu 60 ans ????



10:09 Écrit par Max Lefou | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |