02/09/2004

La civilisation précoloniale africaine

Les écrits de Léo Frobénius nous permettent d’une part, d’apprécier les richesses vestimentaires de certains peuples et d’autre part, de découvrir les villes et les civilisations africaines telles qu’elles étaient à l’arrivée des occidentaux [1] :

"Lorsqu’ils (les navigateurs européens) arrivèrent dans la baie de Guinée et abordèrent à Vaïda, les capitaines furent fort étonnés de trouver des rues bien aménagées bordées sur une longueur de plusieurs lieues par deux rangées d’arbres : ils traversèrent pendant de longs jours une campagne couverte de champs magnifiques, habités par des hommes vêtus de costumes éclatants dont ils avaient tissé l’étoffe eux-mêmes ! Plus au sud, dans le Royaume du Congo, une foule grouillante habillée de soie et de velours, de grands Etats bien ordonnés et cela dans les moindres détails, des souverains puissants, des industries opulentes. Civilisés jusqu’à la moelle des os ! Et toute semblable était la condition des pays à la côte orientale, la Mozambique, par exemple".

Les récits des voyageurs étrangers qui ont exploré le continent africain avant la colonisation, nous permettent d’apprécier la situation réelle à l’intérieur des terres. Ceux-ci sont encore résumés par Frobénius qui avoue l’objectif caché de l’entreprise de dévalorisation de l’image des noirs par les puissances coloniales [2] :

"Les révélations des navigateurs portugais du XVème au XVIIIème siècle fournissent la preuve certaine que l’Afrique nègre qui s’étendait au sud de la zone désertique du Sahara était encore en plein épanouissement, dans tout l’éclat de civilisations harmonieuses et bien formées. Cette floraison, les conquistadores européens l’anéantissaient à mesure qu’il progressaient. Car le nouveau pays d’Amérique avait besoin d’esclaves et l’Afrique en offrait : des centaines, des milliers, de pleines cargaisons d’esclaves ! Cependant, la traite des Noirs ne fut jamais une affaire de tout repos ; elle exigeait sa justification ; aussi fit-on du Nègre un demi-animal, une marchandise. Et c’est ainsi que l’on inventa la notion du fétiche (portugais : feticeiro) comme symbole d’une religion africaine. Marque de fabrique européenne ! Quant à moi, je n’ai vu dans aucune partie de l’Afrique nègre les indigènes adorer des fétiches (...) L’idée du "Nègre barbare" est une invention européenne qui a, par contre coup, dominé l’Europe jusqu’au début de ce siècle".

Et il poursuit encore :

« En 1906, lorsque je pénétrai dans le territoire de Kassaî Sankuru, je trouvai encore des villages dont les rues principales étaient bordées de chaque côté, pendant des lieues, de quatre rangées de palmiers et dont les cases, ornées chacune de façon charmante, étaient autant d’œuvres d’art. Aucun homme qui ne portât des armes somptueuses de fer ou de cuivre, aux lames incrustées, aux manches recouverts de peaux de serpents. Partout des velours et des étoffes de soie. Chaque coupe, chaque pipe, chaque cuiller était un objet d’art (...) En était-il autrement dans le grand Soudan ? Aucunement (...) L’organisation particulière des Etats du Soudan existait longtemps avant l’Islam, les arts réfléchis de la culture des champs et de la politesse... les ordres bourgeois et les systèmes de corporation de l’Afrique Nègre sont plus anciens de milliers d’années qu’en Europe (...) C’est un fait que l’exploration n’a rencontré en Afrique équatoriale que d’anciennes civilisations vigoureuses  ».



18:08 Écrit par Max Lefou | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

Commentaires

passionnant! Voilà une lecture qui me plait au retour de vacances...mais que je ne peux lire d'un coup bien entendu -
Très bel effort dans la précision et l'explication.
Je lirai au fur et à mesure -
Merci de ce travail pour nous tous.

Écrit par : petrouchka | 03/09/2004

Merci Pour votre appeciation

Écrit par : Kitani | 06/09/2004

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