01/09/2004

La Chevalerie en Afrique

L’Afrique précoloniale et ses chevaliers...

Les chevaliers ont joué un rôle majeur dans l’histoire des grands empires africains. Les échanges commerciaux sur les routes transsahariennes entre autre, leur ont permis d’acquérir très tôt, des montures plus robustes et de grandes tailles.

Fervents défenseurs des grands royaumes, les chevaliers étaient épaulés par des troupes au sol, agiles et déterminées. Mais chose particulière, nos corps de chevaliers se scindaient en deux groupes distincts :

-   Un escadron lourd, comportant cuirasse en métal, chevaux de grande taille, épée, lourde lance, épais bouclier et cape décorée aux couleurs de leur unité et de leur royaume. Cet escadron était chargé de la défense rapprochée de l’empereur et de sa famille.

CUIRASSE LOURDE - 105.7 ko

CUIRASSE LOURDE





-   Un escadron léger plus nombreux, comportant javelots, lances plus courtes et chevaux de petite taille. Il se chargeait de la défense des habitants du royaume en étroite collaboration avec les troupes au sol.

EPEE DANS SON FOURREAU - 145.2 ko

EPEE DANS SON FOURREAU





Il n’est pas rare de constater que la nature des habits de certains chevaliers africains sont quasiment identiques à ceux des chevaliers européens du moyen âge. Prenons par exemple les chevaliers de l’Empire Moro Naba du Burkina Faso. On retrouve la longue lance (rouge et blanche), la plume d’oie sur le casque, les gilets à côtes de mailles, le carapaçon qui recouvre les chevaux, etc...,

On dispose encore de nombreux documents relatant la majestuosité de ces chevaliers et leurs hauts faits d’armes font partie de la tradition orale africaine.

TENUE DE CHEVALIER FOULBE - 199.7 ko

TENUE DE CHEVALIER FOULBE





A ce titre les descriptions qu’en font les historiens consciencieux, nous permettent d’imaginer leur apparat :

"Jusqu’au XIXème siècle, la grosse cavalerie des Foulbés ou Peuls était équipée de cuirasses ou de cottes de mailles sous des manteaux matelassés. Par la suite, les manteaux comme les cuirasses métalliques ne furent plus réservées qu’aux cérémonies....

Dans la grosse cavalerie, la cuirasse (comme celle des romains) remplaçait la cotte de mailles et offrait contre les flèches et les pointes une protection sans doute meilleure que les vêtements utilisés par les Mossis du Burkina Faso...

Le cavalier Foulbé était quelque peu handicapé par la lourdeur de son armure qui l’obligeait, en cas de chute, à demander de l’aide pour se remettre en selle...

Un lancier de la grosse cavalerie du Baguirmi a été dessiné par un major britannique en 1920. L’homme et son cheval étaient tous deux protégé par une armure matelassée...

La hache était une arme très utilisée pour les combats rapprochés. Elle pouvait être décorée (...) et servir lors de cérémonies rituelles (...) Le guerrier Ethiopien prenait grand soin de son bouclier (...) Les lances étaient souvent employées aussi bien à la guerre qu’à la chasse...

L’étrier métallique était relié à la selle par une courroie de cuir" (Cf. Terres et peuples d’Afrique, éd. Gallimard).

CARAPACON PEUL - 110.5 ko

CAPARACON PEUL





En éditant récemment un ouvrage de bande dessinée intitulé "Soundajta, la bataille de Kirina" aux éditions menaibuc, le jeune dessinateur africain Biyong Djehouty, nous permet de revivre une épopée épique relatant la fondation de l’empire Mandé par Soundjata Keïta.

La fameuse bataille qui a opposé les chevaliers de Soundjata à ceux de Soumaoro Kanté sur l’immense plaine de Kirina, au cœur du Mandé, nous est relatée de façon poignante, grâce à l’agilité manuelle de Djehouty et à sa sincérité historique.

EXTRAIT DE LA BD DE DJEHOUTY - 141.4 ko

EXTRAIT DE LA BD DE DJEHOUTY





Chose particulière, les armes des chevaliers servaient aussi aux cérémonies religieuses et aux parades devant l’empereur. L’Afena ou épée de l’empire Ashanti au Ghana, symbolisait aussi la royauté. Au Zaïre, le roi des Bakoubas participait par exemple aux cérémonies officielles, vêtu d’une lance et d’un glaive royaux.

Ces mêmes armes pouvaient aussi servir pour la chasse, tels les Langos (Ouganda) qui utilisaient une longue lance à cet effet.

Les grands empires des chevaliers africains...

L’Hollandais O. Dapper nous a légué des longues descriptions des royaumes de ces chevaliers édifiés à l’intérieur des terres africaines et celle du vaste empire du Monomotapa en particulier, dirigé par le seigneur Mwana Mutapa est la suivante :

"On y entre (dans le royaume) par quatre grands portaux où les gardes de l’empereur font tour à tour la sentinelle. Les dehors sont fortifiés de tours et le dedans divisé en plusieurs chambres spacieuses garnies de tapisseries de coton où la vivacité des couleurs dispute le prix à l’éclats de l’or, si l’on en croit quelques géographes.

Des chaires dorées, peintes et émaillés et des chandeliers d’ivoire suspendus à des chaînes d’argent sont une des beautés de ces appartements somptueux. Sa vaisselle est de porcelaine entourée de rameaux d’or ".

Un explorateur français du 17ème siècle, Nicolas Sanson d’Abbeville, nous lui aussi décrit le même palais. Nous constatons alors que nul ne manquait d’éloge pour décrire ce vaste empire (Cf. L’Afrique en plusieurs cartes nouvelles et exactes, Paris, 1656) :

"Le palais est grand, magnifique, flanqué de tours au dehors avec quatre principales portes ; le dedans enrichi de tapisseries de coton, rehaussée d’or et de meubles riches et superbes".

CHEVALIER  MOSSI - 61.4 ko

CHEVALIER MOSSI





Pour Delafosse, l’empire Mande (Mali), dont les rois célèbrent furent entre autre Soudjata Keïta, Kankou Moussa et Bakari II, fut l’un des :

"Plus puissants empire que l’univers ait connu".

Gouverneur honoraire des Colonies françaises d’Afrique, Monsieur Georges Spitz, reconnaît à propos de cet empire Mandingue (Cf. L’ouest africain français, Afrique occidentale française, AOF et Togo, collection Terres lointaines, Paris, Sté d’éditions géographiques, maritimes et coloniales, 1947.) :

"L’empire de Mali ou empire Mandingue, qui dura du XIème au XVIIème siècle, a été le plus puissant des empires soudanais (...) Le Mandingue avait atteint alors un degré de civilisation inégalé.

Le Sultan du Maroc lui envoyait des ambassades ; l’administration des provinces était confiée à des gouverneurs civils, la justice était assurée, l’ordre et la sécurité régnaient partout...

Des armées régionales assuraient la défense et la police du territoire ; le commerce était actif et prospère ; les fêtes publiques étaient célébrées avec faste ; les mines d’or du Bouré alimentaient le trésor....

L’empire Mandingue du XIVème siècle était un véritable état".

L’organisation politique était, selon ce même rapport, l’un des points fort des empires africains. Prenons l’empire Mossi, leurs états avaient à leur tête :

"Un empereur appelé Mogho Naba qui était assisté de ministres ou dignitaires et vivait entouré d’une véritable cour, avec pages et eunuques. Les Mogho Naba commandaient à des gouverneurs, chefs de province, élus mais recevant d’eux leur investiture, les Dima. Au-dessous venaient les chefs de canton et de villages (...) Comme l’a écrit Mgr Thévenoud, Vicaire Apostolique de Ouagadougou :

"Quand Philippe VI de Valois commença la guerre de cent ans, Ouagadougou était déjà la capitale du Mossi" (Cf. Mgr Thévenoud, Dans la boucle du Niger, éd. Grands Lacs, 1938.).

Conclusion

Prenons congé en découvrant une nouvelle déclaration de Monsieur Georges Spitz, ancien gouverneur des Colonies françaises d’Afrique. Une telle déclaration devrait normalement être intégrée dans les manuels scolaires actuels afin d’introduire une certaine objectivité dans les récits historiques traitant de l’Afrique précoloniale.

Notre homme nous livre, avec un minimum de franchise, son point de vue global de l’organisation de ces grands royaumes africains de l’époque précoloniale :

"L’histoire des empires noirs (...) est cependant fort instructive et son étude permet notamment de constater que des peuples noirs sédentaires (...) ont pu élever avec leurs seules conceptions des édifices politiques, administratifs et sociaux d’une structure et d’un développement comparable à ceux qui, du Vème au XVème siècles, existaient en Europe et témoignaient d’une civilisation déjà avancée".




19:05 Écrit par Max Lefou | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

Commentaires

Bonjour. Bel article vivant et engagé qui va dans la vision de KI ZERBO qui insistait pour dire que l'histoire africaine doit être écrite de façon vivante,telle que le jeune africain entende piaffer et hennir les chevaux entrainés par la furia des talibés d'Ousman Dan FodioJuste une question: devrions-nous dire cavalerie ou chevalerie? cavalier ou chevalier? Les expressions sont si souvent chargées d'histoire et d'idéologie qu'il nous faut les expliciter et nous les réapproprier pour donner une saveur nouvelle à notre histoire. Chevalerie me semble moyenâgeux et même ésotérique.

Écrit par : GNIMIEN Gaston | 23/10/2014

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