30/08/2004

L'Age de Fer en Afrique

Pour l’Europe, l’historiographie actuelle dévoile que l’Age du Fer est apparu vers 1.200 av. J.-C. Cette technique a atteint son apogée en Autriche avec la civilisation de Hallstatt vers 700 av. J.-C. avant de se répandre sur toute l’Europe. Les Romains ont donc mis à profit cette découverte pour renforcer la puissance de leur armée.

Pour l’Afrique noire, l’historiographie mondiale n'a pas retenu que l'âge de fer était apparu bien avant. Le scénario historique retenu voulait que la sidérurgie avait été introduite en Afrique à partir de l’Asie occidentale, d’abord en Egypte ancienne, puis en Afrique occidentale au IIIème siècle av. J.C. soit par Carthage, soit depuis la Nubie.

Pourtant des datations faites entre 1969 et 1974 bousculaient déjà ce scénario pour les raisons suivantes :

-   Les vestiges de la civilisation Nok (Nigéria) indiquaient que l’Age du fer remontait aux IXème et Xème siècles avant J. C.

-   La civilisation de Termit (Niger oriental) cette date est celle dus VIIème et Xème siècle av. J. C.

-   Au Soudan, l’Age du fer de Napata remonte au VIIIème siècle avant J. C.

On préféra alors mettre en doute ces datations, d’autant plus que l’Age du fer en Tunisie remonte à peine au VIème siècle de notre ère. Néanmoins, une faille était ouverte dans la théorie occidentale de l’apparition du fer en Afrique noire.

Récemment, l’UNESCO a fait plancher un bataillon de chercheurs sur cette problématique complexe, afin de dégager une cohérence scientifique à l’histoire de l’Age du fer en Afrique Noire.

Fours métallurgique du Yatenga avec soldat donnant l’échelle, Source : UNESCO

Médiatisée sous l’intitulé de « Les Routes du fer en Afrique  » cette étude visait à :

-   Cerner l’ancienneté de l’Age du fer en Afrique noire,

-   Analyser son utilisation et sa perception sociale,

-   Cerner les techniques employées et le génie des fondeurs africains,

-   Valoriser le génie scientifique africain,

-   Préserver le patrimoine historique de l’Afrique

Que révèle alors cette étude ?

-   La sidérurgie remonte à au moins 1 500 av. JC à Termit,

-   Au Cameroun le fer était extrait dès 1 200 av J. C. (près du lac Nyanza)

-   A Egaro (est de Termit) l’Age du fer remonte à 2 900 ans av. J. C.

-   En Egypte (à Giseh) on obtient 2 700 ans av. J.C. et à Abydos, 2 350 av. J.C.,

-   En Nubie (Buhen), l’Age du fer remonte à 1991 ans av. J. C.,

-   En Tanzanie (à Kuturuka) on obtient 1 470 ans av. J. C.

-   A Carthage (Tunisie) les datations révèlent à peine 600 av. J.C.

Tous ces faits contribuent d’une part à confirmer que l’Age du fer africain est effectivement le fruit du génie scientifique africain et d’autre part, mettent en évidence l’antériorité scientifique de l’Afrique sur l’Europe dont l’Age du fer remonte à 1 200 av. J. C..

Dès lors, on constate que le fer fut à l’origine de la création des Etats africains de la période précoloniale, tel le Takrur (état de la vallée du fleuve Sénégal, IIIème au XIIIème siècle). Cet état a été fondé par une dynastie de forgeron, les Jaa-Ogo, qui ont introduit la culture de décrue et imposé un pouvoir politique reposant sur le contrôle du fer.

Le royaume Sosso est un autre exemple. Le roi-forgeron le plus célèbre Soumaouro Kanté domina le Mandé (Mali) au début du XIIIème siècle. Cette activité métallurgique répondait aux besoins militaires de divers grands royaumes (Ghana, Songhai, Mossi, Mali, etc...) mais aussi aux besoins de la vie de tous les jours (agriculture, vie domestique...).

Partout, on constate cependant que les forgerons ont eut un statut social particulier et supérieur en raison de leur savoir technologique voire mythique. Beaucoup d’explorateurs ont d’autre part constaté la créativité et la richesse du travail du fer en Afrique noire. Le lettré tunisien Mohamed el Tounsy remarqua par exemple au Darfour (Tchad) et dans l’Ouadai (Soudan) entre 1803 et 1813 :

« Les tuyeaux de pipe en fer dont le travail était d’une pureté et d’une beauté surprenantes. Les tiges sont courbées et serpentées comme certaines pipes européennes mais elles sont plus élégantes, plus gracieuses et elles ont un poli si net et si brillant qu’elle semblent être d’argent ».

On sait encore qu’au nord-Cameroun, les femmes Murgur receuillaient le minerai dans les eaux des ruisseaux. Au Gabon, on faisait de même dans les lits des cours d’eau à sec pour les gravillons associant fer et manganèse. Le fer revêtait un aspect mythique qui exigeait la tenu de cérémonies particulières avant son extraction.

On a aussi découvert en 1911 des mines de fer abandonnées au Tchad (Télé-Nugar) dont les galeries atteignaient 1 km de long et débouchaient sur de grandes salles de 22 mètres. Elles n’ont pas encore été datées.

La réduction directe :

La première technologie attestée est celle de la réduction directe. Elle permet d’obtenir du fer utilisable en une seule opération. Les forgerons construisent des petits fourneaux alternativement chargés de charbons de bois et de minerais de fer. Aux alentours de 1 200° C, le fer se sépare de ses impureté. Evacuées sous formes de scories, celles-ci contenaient des restes de minerai utilisés pour la construction des remparts et autres murs. Le métal récupéré est ensuite purifié par martelage à chaud et transformé en objet.

La réduction indirecte : un fait marquant du génie scientifique africain !

Cette technique permet d’obtenir du fer en deux temps. Les fondeurs puisent d’abord la fonte après liquéfaction totale du minerai dans de hauts fourneaux à partir de 1 535° C. Débarrassée de son excès en carbone, elle est ensuite transformée en acier. Utiliser le même four pour obtenir du fer et de l’acier. Pour comprendre l’extraordinaire avancée de cette technique en Afrique par rapport au reste du monde, il faut savoir qu’en Europe, ce n’est qu’au XIVème siècle de notre ère que cela fut réalisé pour la première fois.

Fours du sud du Mali et du Burkina Faso

Les techniques de combustion du bois varient d’une région à l’autre. Chez les Sénoufos par exemple, on dispose les branches d’arbre en couches mais alternativement en sens contraire. ils forment ainsi des tas hémisphériques de 2 mètres de haut et de 4 mètres de large. Le tas recouvert d’herbes et de mottes de terre, allumé par le bas, se consumme lentement : aucun trou d’aération n’étant ménagé, la fumée s’échappe à travers la couche d’herbes et de terre.

Conclusion :

Cette étude anodine sur l’Age du fer en Afrique noire met en évidence non seulement l’origine africaine de cette technicité mais aussi sa précocité. Il est donc édifiant de voir l’Afrique d’aujourd’hui s’en remettre passivement aux découvertes scientifiques étrangères pour pallier à son retard de développement alors qu’elle est dans beaucoup de domaine scientfique, le continent pionnier et le plus technologiquement avancée dans le passé. Les autres continents, avant de nous devancer, ont du d’abord nous rattraper en s’appropriant des savoirs qui bien souvent n’étaient pas le fruit de leur génie. Les sociétés sont ainsi faîtes qu'elles fluctuent entre périodes dorées et plus sombres. Dès lors, il est important de poursuivre l'enseignement de l'Occident, qui, pour l'instant, est à la pointe du progrès, et d'attendre son heure.

L’historiographie occidentale présente l’Afrique comme un continent sans intérêt Esprits appauvris égal Continent appauvrit, l’équation est simple.

Quels doivent être les orientations pédagogiques à mettre en œuvre ?

-   Renforcer l’esprit africain en lui révélant le génie scientifique des anciens,

-   Orienter les cursus vers les disciplines scientifiques dont les finalités et applications sont importantes pour le développement (énergie solaire, médecine naturelle, sidérurgie, informatique, multimédia, aérospatial...),

-   Créer des récompenses technologiques pour la jeunesse afin de développer l’esprit scientifique (au lieu de faire des défilés de mode à tout va),

-   Développer l’apprentissage des sciences dans la langue maternelle,

-   Développer des coopérations scientifiques inter-états,

-   Créer des universités technologiques (au lieu de favoriser tout le temps la construction de complexes hôteliers),

-   Centrer le développement de l’Afrique sur ses acquis scientifiques et ses cultures,

-   Bref.... Mettre en application ce que disait le professeur Cheikh Anta Diop en... 1950 et qui n’a jamais été fait.

Ce sont les hommes qui développent ou sous développent un pays au profit de puissances étrangères. Plus personne n’est dupe du manège actuel mis en place pour salir l’image de l’Afrique sur la scène internationale et atrophier les consciences des jeunes panafricains afin de les détourner de leur mission :

-   Faire honneur au génie de leurs ancêtres,

-   Collaborer au développement du continent,

-   Créer des conditions de vie acceptable pour les femmes africaines (qui toujours les premières victimes des divers problèmes),

-   Replacer l’Afrique dans le rang des puissances mondiales  

Fours de fonderies ouest-africain

Collaboration à l’étude de l’UNESCO : H. Boucoum, IFAN, L. M. Maes Diop, Gérard Quéchon, Alain Person, P. Kalck, Usinor, Présence Africaine, etc...

Fours à cellule : tronconique (1-4), hémisphérique (5-6), ovoide (7-9)



21:15 Écrit par Max Lefou | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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